La patience de l'avenir

Publié le 27 Novembre 2012

Vendredi 23 novembre 2012 avait lieu à l’Institut Catholique de Paris une rencontre avec la philosophe Marguerite Léna (sfx), ancienne élève de Paul Ricœur, à l’occasion de la parution de son ouvrage Patience de l’avenir. Petite Philosophie théologale. Cette rencontre sous le vocable « Transmettre la philosophie » se voulait être l’expression d’une reconnaissance multiple des anciens élèves des classes préparatoires de Sainte-Marie de Neuilly vis-à-vis de leur professeur de philosophie, du professeur émérite vis-à-vis de ses anciens élèves, de tous vis-à-vis de la beauté et l’exigence de la tâche philosophique.

 

Le fil conducteur des différentes interventions fut un commentaire de ce livre Patience de l’avenir (paru aux éditions Lessius), anthologie de textes écrits par Marguerite Léna en trente années de recherche. Le mystère de l’existence y est abordé selon trois approches qui forment autant de chapitres : la temporalité, la fragilité et la fraternité. Un quatrième chapitre étudie la question du mensonge et de la vérité. Un cinquième et dernier chapitre exprime la reconnaissance de la philosophe envers ses maîtres : Augustin et Pascal, Simone Weil et Edith Stein et enfin Paul Ricœur. Reprenant une image de Péguy, Marguerite Léna voit en eux des citadelles, non des lieux de retranchement mais d’élan. Cependant, pour mener à bien sa propre pensée, il faut non seulement pouvoir compter sur des citadelles au bord de la route mais aussi être en mesure d’habiter sa propre citadelle afin de ne pas se laisser emporter à tout vent de doctrines.

 

La philosophie est une manière de penser

 

Reprenant la boutade célèbre de Bergson selon laquelle un philosophe ne dit finalement à travers toute son œuvre jamais qu’une seule chose, Marguerite Léna a reconnu devant les participants à cette rencontre que sa seule idée à elle était sans aucun doute l’espérance. Pour elle, en effet, transmettre la philosophie n’est pas un métier mais une vocation qui consiste à offrir à l’homme un surcroît de raison. Toute question spirituelle ne doit-elle pas être fondée en raison ? Notre plus grande vigilance n’est-elle pas de préserver les précieuses médiations qui nous permettent de rendre compte de l’épaisseur humaine ?

 

La philosophie s’exerce continuellement car la véritable philosophie est toujours une philosophie première : une méditation toujours à reprendre des commencements. Si l’homme ne cesse de vieillir, la philosophie ne cesse de rajeunir ! Elle creuse la soif, elle est un long chemin vers la source. Qu’est-ce qu’une grande œuvre philosophique sinon un long détour pour être conduit vers l’essentiel ? La philosophie est un acte simple. Mais l’idée simple n’est pas simpliste, elle veut être expliquée, déployée comme une voilure afin de pouvoir prendre le large. La vie ne jaillit pas seulement à la première heure mais constamment en profondeur pour nous conduire à ce qui est pleinement réel. Cela suppose de notre part de consentir au long chemin qui nous mène jusqu’à elle. Au sens étymologique, la notion d’exercice peut s’entendre comme l’effort pour faire sortir de la caverne (Platon). En un geste inaugural de délivrance, l’exercice spirituel s’efforce de préparer et de disposer l’âme à une manière d’être, de dire et d’accueillir.

 

La philosophie est une manière de vivre

 

Ce qui est pour nous invisible, il faut bien qu’un autre nous le fasse voir. Ce qui est de l’ordre de la pensée, il faut qu’un être s’en porte témoin. Or le consentement à l’altérité s’appelle la pudeur, qui avec la justice, est une qualité essentielle dans l’art de vivre ensemble. La pudeur est une attention véritable, un silence qui respecte l’intériorité d’autrui. Alors que l’impudique s’impose, viole l’intimité de l’autre et interdit toute véritable relation, la pudeur nous permet de nous ajuster à autrui dans la confiance de la parole échangée. Qu’il s’agisse d’une confidence, d’une promesse ou d’une attestation, je remarque que la vérité se reçoit dans l’intersubjectivité où les rôles s’inversent. Ce n’est pas nous qui gardons confiance, c’est la confiance qui nous garde…. Encore faut-il consentir à notre fragilité pour éprouver les nécessaires médiations de l’âme.

 

Ainsi la vraie philosophie ne s’intéresse-t-elle pas d’abord à l’évidence de ce qui est mais d’abord à ce qui n’est qu’en puissance. C’est alors qu’il nous est possible de reconnaître la promesse que nous sommes. Il nous est généralement difficile de vivre l’impatience du désir, l’épreuve du temps et la morosité du quotidien. Mais la maîtrise du temps est illusoire. Or la surprise que le temps nous offre chaque jour n’est-elle pas une constante invitation à l’ouverture ? Comme le disait Claudel : « Où guette la morosité, veille l’amour. » Nous voici en patience de l’avenir…

 

Rédigé par Nicolas Vinot Préfontaine

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B
The philosophical book Patience of future deals with the reality and attempts to answer many unanswered questions. If interpreted well and understood by young philosophers, it could be the most nutritious fodder for thoughts and future philosophy works in general.
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