La consultation philosophique : l'art d'éclairer l'existence

Publié le 26 Septembre 2012

En présentant ici le livre d’Eugénie Vegleris, La consultation philosophique : l’art d’éclairer l’existence, paru aux éditions Eyrolles en 2010, je souhaite reconnaître ma dette pour ce qui m’a permis de dégager les fondements théoriques du coaching philosophique que je propose aujourd’hui.

 

L’auteur et le double objectif de son livre

 

Eugénie Vegleris est consultante philosophe depuis 1993, après un temps dans l’Education nationale. Son livre a deux objectifs principaux. Le premier consiste à synthétiser son expérience de plusieurs années comme consultante, en mettant en évidence la méthodologie de cette démarche encore trop peu connue en France. Son deuxième objectif, étroitement lié au premier, est d’apporter un plaidoyer en faveur de la consultation philosophique dans le monde d’aujourd’hui, en montrant sa spécificité par rapport à d’autres démarches similaires. Le livre d’Eugénie Vegleris se divise en deux parties :

• 1ère partie : consultation philosophique et mondes de la vie

• 2ème partie : enjeux et contextes d’un nouveau métier

 

La spécificité de la consultation philosophique

 

Afin d’indiquer en quoi consiste la spécificité de la consultation philosophique, Eugénie Vegleris commence par se démarquer d’autres approches. Nous retenons ici deux démarcations fondamentales : la psychanalyse et le coaching.

 

Face à la psychanalyse, trois démarcations et une mise en avant

 

Par rapport à la psychanalyse et tout en reconnaissant sa pertinence, le consultant philosophe peut souligner trois négations afin de mettre en lumière la nature propre de sa démarche :

• Je ne vous propose pas de supervision, mais la possibilité d’échanger librement. Je vous accompagne dans la découverte de vos pistes d’action.

• Je ne viens pas à vous avec une grille de lecture toute faite, mais avec une expérience dans l’accompagnement qui cultive l’effort de compréhension et l’étonnement.

• Je ne serai pas avec vous ni dans l’association libre d’idées, ni dans le repérage des éventuels lapsus et actes manqués, mais dans la confrontation libre des points de vue et l’attention à l’usage juste des mots.

 

Cette triple négation est motivée par le refus de tout réduire à la conscience (au sens de psychisme) et appelle donc une mise en valeur du rôle de l’esprit. Un passage central du livre d’Eugénie Vegleris distingue ainsi conscience et esprit (page 60) :

• « La conscience identifie les significations qui nous permettent de faire face à la situation présente. La conscience est, pour ainsi dire, le point d’insertion de notre esprit dans le réel présent ».

• « L’esprit donne un sens tout à fait personnel à nos orientations. L’esprit est notre ancrage dans un tout qui nous déborde de toutes parts en nous englobant ».

 

Autrement dit, l’esprit est plus vaste que la conscience. Et cette ouverture « congénitale » à l’esprit nous permet de sortir des cloisonnements qui nous gênent trop souvent. Dans la description qu’elle fait du malaise dans la société technicienne, Eugénie Vegleris pointe du doigt l’étouffement de l’esprit par rapport à une « psychification » des problèmes humains (voir page 26). En reprenant enfin la distinction d’Hanna Harendt entre l’âme ou le psychisme (le siège de nos émotions) d’une part et l’esprit (le foyer de la pensée et de l’action) d’autre part, l’auteur veut montrer qu’il est fondamental de discerner notre esprit comme le foyer et le fonds de notre liberté. (Nous reprendrons cette distinction dans un prochain article). Toute la démarche du consultant philosophe consiste alors à mettre en lumière le rôle de l’esprit pour affermir notre liberté.

 

 

« Liberté » pour la plupart d'entre nous s'oppose à « absence de liberté : être prisonnier ». Et d’une manière habituelle, nous ne nous sentons pas prisonniers. Par contre, nous recherchons tous des réponses à nos questions. Nous voulons discerner pour choisir des voies, des clefs décisionnelles. Mais la question lancée par le consultant philosophe reste donc bien posée : quelle instance en moi vais-je solliciter pour vivre une liberté responsable qui ne soit pas une abstraction morale mais une impulsion profonde du cœur de l’homme et qui me permette de bien choisir ? Ainsi le consultant philosophe se propose d’aider à répondre à trois de nos besoins fondamentaux :

 

• Nous aider à y voir clair tout en nous donnant des marges de manœuvre pour agir,

• réfléchir aux situations que nous vivons en usant de la raison et du cœur (l’un ne va pas sans l’autre),

• viser l’unité de la personne en retrouvant son centre de gravité.

 

Dans un prochain article, nous proposerons un commentaire du livre Sommes-nous libres ?, un débat entre Henri Atlan et Bertrand Vergely, paru aux éditions Salvator ce mois-ci.

 

Coaching et philosophie

 

En trois pages (62-64), Eugénie Vegleris tient également à distinguer la consultation philosophique du coaching. La lecture de ces pages nous suggère un léger agacement de la part de l'auteur devant la prolifération de ce qu’elle appelle la « vague du coaching ». Tests et techniques du coaching ne remplacent jamais l’expérience professionnelle et l’aventure de sa propre vie. Le souci d’une culture générale authentique et la fréquentation des grands philosophes inspirent le style du consultant philosophe où on attend que la rigueur de sa discipline lui retire toute tentation de posséder une boite à outils pour toutes les situations. Eugénie Vegleris est animée d’une « foi philosophique » selon ses propres termes et les exigences qu’elle attache à ce nouveau métier de consultant philosophe (présentées dans la deuxième partie de son livre) relèvent d’une véritable ascèse de l’esprit.

 

Pour ma part, je choisis de garder le terme de « coaching » qui est la terminologie la plus courante pour signifier un accompagnement aux côtés de la personne aidée. Dans l’art de savoir poser les problèmes, de trouver par soi-même des solutions variées et de faire progresser une façon de voir les choses et la vie, la parenté du coaching avec la philosophie est évidente. Qualifier un coaching de philosophique voudra alors simplement reconduire la démarche du coaching dans cette veine philosophique en se tenant à distance de tout simplisme dans l’application de méthodes et pour rappeler que la finalité recherchée – au-delà d’une performance professionnelle – sera toujours l’unité de la personne (nous y reviendrons dans un prochain article). Une application philosophique du coaching insiste sur la question de la finalité : « L’approche philosophique ne s’attarde pas sur les pourquoi mais questionne l’individu sur ses pour quoi, sur ce qu’il vise et sur ce qu’il veut » (page 46).

 

En écrivant comme signature au coaching philosophique que je propose : « Discerner pour affermir sa liberté », je vise la finalité suivante : « actualiser ce que vous portez en vous, vous faire découvrir, à travers la précision des mots, les références aux philosophes et la liberté du dialogue, la vérité que vous êtes vous-même, votre vérité existentielle » (cf. pages 51-52). Cependant « coaching philosophique » ne veut pas dire que la référence aux philosophes devient exclusive d'autres références. Il me semble tout au contraire qu’une « saine philosophie » est celle qui sait se mettre à l’écoute de la richesse de la pensée humaine en ses différentes rationalités. C’est ainsi que je souhaite solliciter une large tradition de pensée qui puise sa sagesse aussi bien dans la littérature que l’histoire et la théologie. Un prochain article sera ainsi consacré à l’expérience monastique comme possible source d’inspiration pour tous.

 

Rédigé par Nicolas Vinot Préfontaine

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