Difficultés et enjeu d'une définition de l'éthique

Publié le 30 Novembre 2012

 

Une science spéculativement pratique

 

Qu’entendons-nous par éthique ? L’éthique dans son acception philosophique est une science spéculativement pratique, en ce sens qu’elle ne dirige l’action que de loin, en réfléchissant aux conditions fondamentales d’un agir moralement correct. Cette définition sommaire étonnera sans doute par l’expression « spéculativement pratique ». Nous pouvons illustrer de quoi il s’agit en sensibilisant sur le fait que derrière les thèses particulières qui s’affrontent sur un point de morale d’une actualité brûlante (par exemple l’euthanasie) se cachent les véritables enjeux qui sont le plus souvent des présupposés d’ordre anthropologique ressortant à la morale générale. Au quotidien, nous sommes inévitablement confrontés à des problèmes pratiques, sans que nous ayons forcément soit l’occasion, soit la possibilité voire la volonté de dégager les présupposés contenus implicitement dans les prises de position habituelles. Nous pourrions ainsi dire que l’éthique s’efforce de rendre lisible le passage de l’implicite à l’explicite en pensant spéculativement les questions morales de fond.

 

Une science normative

 

Ce premier pas vers une définition de l’éthique nous indique un premier écueil à éviter. L’éthique ne peut être la simple caractéristique de certains actes objectifs. Or nous avons tendance à extraire les actions de leur contexte et à distinguer les actions morales et les actions immorales selon leur manifestation. Autrement dit, nous en restons le plus souvent à un simple niveau descriptif sans avoir justifié, sans avoir explicité les principes qui nous permettent de qualifier d’éthique ou non un acte précis. L’éthique ne se réduit pas aux expressions des actions, lesquelles ne représentent que les conséquences d’une certaine vie de l’esprit. Il nous faut donc remonter en amont, au principe d’un acte bon. C’est ainsi que l’éthique se doit d’être également une science normative de l’agir humain. Nous remarquons par exemple que dans le souhait exprimé par tous de vouloir « bien » vivre, le concept de norme est alors déjà implicitement engagé, car encore faut-il s’entendre sur ce qu’est un bien véritable ! Et nous pressentons bien que l’éthique ne peut se restreindre à la description d’une situation, mais qu’elle doit aussi prescrire un devoir quand les impératifs de la vie et l’urgence de l’action nous imposent d’imaginer des raisons d’agir de telle manière ou de telle autre. Tout l’enjeu de l’éthique ne sera-t-il pas d’offrir cette volonté de cohérence entre principes et applications pratiques à tous les acteurs pour qu’ils soient en mesure de dire en vue de quelle finalité ils agissent ? Une action devient morale ou immorale parce qu’elle est décidée par un acteur libre et conscient de soi. Un acte n’est moral que s’il est pensé et choisi. Cela doit donc, en outre, nous rendre vigilants à ne pas éteindre la part irrémédiable de chaque acteur dans sa responsabilité, en imposant un cadre éthique qui ne mettrait pas suffisamment en valeur la liberté et le choix personnel en vue du bien.

 

Un sens de l'homme

 

Il apparaît ainsi ultimement qu’il ne peut y avoir de consensus sur l’éthique sans consensus sur le sens de l’homme. Il faut bien parler de l’homme pour énoncer les normes de son respect, autrement dit savoir qui est l’homme que l’on respecte. Et la morale n’existe que parce que l’homme est un être social, qui partage universellement la certitude de l’existence de normes morales, d’une hiérarchie de valeurs et d’une définition primordiale du bien et du mal. Cela se montre a contrario, quand toute tentative d’effacer la morale passe par un déchirement du tissu social.

 

Nous résumons succinctement l’enjeu d’une définition de l’éthique qui nous semble triple :

• Partager un même enthousiasme sur le sens de l’homme,

• Etre capable de prendre du recul pour dégager les fondamentaux sous-jacents à toute action vraiment humaine,

• Savoir se limiter pour ne pas éteindre l’ouverture de l’esprit de chaque acteur qui met en jeu sa liberté.

 

Rédigé par Nicolas Vinot Préfontaine

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